Séries Classic - Woodstock
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Ces séries
couvrent la période 1973-1978.
La série Classic
Le HP-35 avait défini l'allure
générale des calculateurs HP pour plusieurs années. La série serait
appelée Classic. Les
modèles successifs allaient étendre et perfectionner les
caractéristiques du HP-35,
utilisant essentiellement le même boîtier (avec quelques petites
différences au niveau de la forme et la disposition des touches et
des interrupteurs).
L'affichage, toujours confié à des LEDs, conserve la même capacité
(10 chiffres + 2 pour l'exposant de 10). Il se positionne à
l'allumage en mode "FIX 2"
(2 chiffres après la virgule) : voilà des calculateurs résolument
orientées "calcul scientifique" !
À vrai dire, cette disposition avait une motivation plus prosaïque :
l'augmentation de l'autonomie, qui n'est pas le point fort des
affichages à diodes. Malgré un bloc de batteries constitué de 3
accus NiCD, les manuels avouent environ 3h d'autonomie, et
conseillent d'entrer un simple point décimal en cas d'inutilisation
temporaire [1].
L'allumage de tous les points décimaux de l'afficheur signale qu'il
ne reste plus que 2 à 5 minutes de fonctionnement.
Il est alors temps de brancher le chargeur, mais attention ! Le bloc
d'accus doit impérativement rester en place. En effet, le chargeur
délivre du... 15,8 V, qui ne doit en aucun cas atteindre directement
les circuits sans passer par le "filtre" des batteries... Un curieux
défaut de conception.
Les erreurs sont signalées par le clignotement de l'affichage.
Les boîtiers comportent, au dos, un aide-mémoire (en 3 ou 4 couleurs
!) rappelant utilement les principes de fonctionnement essentiels.

Le HP-80
Le deuxième calculateur de poche HP, le HP-80, arrive en 1973. Il
utilise le même boîtier que le HP-35
:

Le HP-80 inaugure la longue lignée des calculateurs financiers
HP. Il n'est toujours pas programmable. La machine s'adresse aux
professions financières, à des utilisateurs non mathématiciens. Elle
leur facilite les calculs d'intérêt composés, dont la formule
fondamentale est stockée en interne.
On lit donc pour la première fois [2]
sur la 1ère rangée de touches : n
(nombre d'annuités) / i
(intérêt par annuité) / PMT
(montant de l'annuité) / PV
(valeur actuelle) / FV
(valeur future). Trois de ces données (dont au moins n
ou i) étant introduites
dans la machine, elle calcule automatiquement les autres.
À côté de ces fonctions fondamentales, le HP-80 propose un éventail
complet de fonctions financières et statistiques (moyenne,
écart-type, régression linéaire), et un calendrier permettant,
notamment, le calcul du nombre de jours entre deux dates.
Les fonctions mathématiques en revanche sont à la portion congrue :
seulement √ et yx.
-- cette dernière est d'ailleurs la seule manière d'introduire des
exposants de 10 (pas de touche EEX
directe) : le HP-80, on l'a bien compris, n'est pas un calculateur
scientifique.
Les plus observateurs auront remarqué aussi que la touche ENTER↑
a été rebaptisée SAVE↑ --
serait-ce plus au goût des utilisateurs financiers ? -- le
fonctionnement, quoi qu'il en soit, ne change pas. Notons également
que le HP-80 est le premier calculateur HP à disposer d'une touche
"shift" (appelée "touche d'or" dans le manuel français), qui
autorise une fonction supplémentaire par touche.

Le clavier présente toujours la même robustesse rassurante. Ses
touches ne s'enfoncent
pas, mais pivotent
gracieusement, autour de leur arête inférieure, sur une véritable
charnière qui les maintient bien en place [3].
Positionnée plus "haut de gamme" que le HP-35
[4],
le HP-80 est livré dans un luxueux coffret rigide tapissé de
feutrine, sans oublier un étui en cuir...

Le HP-65
Lancé en 1974 au prix non négligeable de $795, le HP-65 est sans
conteste une des calculatrices les plus extraordinaires jamais
produites.

Pour la première fois, l'utilisateur dispose d'une mémoire
programme pouvant contenir 100 instructions [5].
Les programmes identifiés par un label
A, B, C, D ou E sont exécutés directement par l'appui sur
une des 5 touches de la rangées supérieure (en l'absence d'un tel
programme, ces touches gardent leurs fonctions de base). Le HP-65
est ainsi la première machine permettant une personnalisation
partielle du clavier.
La mémoire, non permanente, est effacée à l'extinction. Pour
compenser cela, la machine est équipée d'un lecteur-enregistreur de
cartes magnétiques [6].
Celui-ci n'augmente presque pas la taille (déjà respectable, il est
vrai) de la machine.

La carte, après usage, se glisse au-dessus des touches de la rangée
supérieure (A - E). L'utilisateur peut y inscrire des mnémoniques
rappelant les fonctions affectées à ces mêmes touches.

Il existe également un grand nombre de cartes préprogrammées
couvrant des domaines d'application variés (aviation, chimie,
électronique, finance [7],
médecine, navigation...). Nombre d'entre eux sont livrés d'origine :
le "Standard Pac" comporte 19 programme dans des domaines variés.

Le passage entre les modes calcul et programmation est dévolu à un
second interrupteur à glissière, une disposition qui va perdurer
jusqu'en 1979 sur les calculateurs scientifiques HP. (Sur les
calculateurs financiers, l'interrupteur secondaire permet de choisir
entre "BEGIN" et "END" : composition des intérêts en début ou en fin
de période.)
Les instructions de programmation, complètes, permettent l'adressage
symbolique , les sous-programmes (non imbriqués), une batterie
de 4 tests (x≠y,
x≤y,
x=y
et x>y),
les boucles indexées. On dispose
également de 2 drapeaux (indicateurs
binaires).
Les touches du HP-65 assurent jusqu'à 4 (!) fonctions. Pourtant, le
clavier demeure très clair, grâce à une idée toute simple qui va
devenir le signe distinctif des futures HP : les touches biseautées.

Les touches HP sont désormais très hautes, et de forme prismatique
(ou chanfreinée). Le trajet très important des touches, le
déclic feutré, contribuent à une impression de solidité, que la
pratique confirme amplement. Les fonctions secondaires des touches
s'obtiennent en appuyant au préalable sur les "touches-préfixe"
(jaunes et bleues) : f, f-1
et g. La séquence f-1
LN donne ainsi la fonction exponentielle. Les touches sont
de 4 (!) tailles différentes ; celles des opérations, très étroites,
laissent place à un groupe de touches numériques confortablement
élargies.
En sus de ses caractéristiques qui sont autant de premières
mondiales, le HP-65 propose également, pour la 1ère fois,
des calculs en base 8, et des conversions d°m's" ↔ d° décimaux.
La pile opérationnelle se double d'un registre
"LASTx", rappelant la
dernière entrée, qui augmente encore son efficacité. Il équipera
désormais tous les calculateurs haut de gamme HP, et se généralisera
complètement en 1978 avec l'apparition de la série Spice.
Face à cette débauche de fonctions nouvelles, l'utilisateur est
secondé (en plus du manuel) par un aide-mémoire au dos de la
machine, et un livret de référence rapide, tous deux réalisés en
quadrichromie.
Le fait de gloire du HP-65 est d'avoir
accompagné les astronautes de la NASA lors du rendez-vous
Apollo-Soyouz de 1975. Lors de cette mission, il servit aux calculs
de trajectoire (secondant l'ordinateur principal) et à l'orientation
de l'antenne de communication.
Le HP-65 a également connu les honneurs du cinéma en tenant un
"second rôle" dans le film "l'ordinateur
des pompes funèbres" de G. Pirès (1976), aux cotés de J.-L.
Trintignant. La machine, présente tout au long du film, y fait plus
que de la figuration !

Le HP-67
Le HP-65 reste en production jusqu'en 1977,
mais il connaît une descendance en 1976 avec le HP-67.

Cette machine utilise le même boîtier, mais son électronique est en
fait celle de la toute nouvelle série Woodstock
apparue peu avant. Elle apporte une foule de nouvelles fonctions,
comme on le voit sur son clavier : les trois touches-préfixes (f,
g et h,
jaune, bleue et noire respectivement) autorisent 4 fonctions pour la
plupart des touches. Pour un prix de lancement inférieur ($450), les
améliorations par rapport au HP-65 sont
nombreuses :
- plus de mémoire (224 lignes) et de registres (26) ;
- des instructions totalement fusionnées
;
- une édition plus facile des programmes, avec l'affichage
du numéro de ligne et... la possibilité de reculer (grâce
à la touche BST)
! -- un des points faibles du HP 65 ;
- un lecteur de cartes magnétiques (compatible) enregistrant
maintenant, en plus des programmes, les valeurs contenues dans
les registres et l'état du calculateur (mode angulaire...) ;
- 3 niveaux de sous-programmes
imbriqués, un test (x=0)
et deux drapeaux supplémentaires ;
- un grand nombre de nouvelles fonctions,
- lors d'une erreur, affichage "en toutes lettres" de "Error",
- témoin de batterie faible spécifique sur l'afficheur,
- etc.
L'aide-mémoire au dos est maintenant monochrome, et se consacre
exclusivement aux conversions d'unités.
Même maintenant, le HP-67 reste une machine très désirable, et sans
conteste un des fleurons de notre collection.

La série Woodstock
[8]
De 1975 à 1979, les calculateurs HP changent radicalement de look.
Leur nouveau boîtier est bicolore (noir/beige), arrondi sur
l'arrière (en pans coupés), et d'une compacité étonnante.

Comparez avec les Classic
: la taille et l'espacement des touches sont identiques. La place
est gagnée sur les bords.

Le bloc de batteries rechargeables est scellé dans son couvercle, ce
qui permet de gagner quelques précieux mm... Revers de la médaille,
les batteries sont moins faciles à remplacer en cas de défaillance.
De plus, le couvercle occupe une bonne partie de l'arrière de la
machine : le boîtier est si étroit qu'il a fallu disposer
verticalement les deux accus AA (et non plus 3 comme sur les Classic).
Plus question alors d'apposer au dos, comme c'était l'usage, une
plaque aide-mémoire qui rappelle l'utilisation des principales
fonctions.

L'alimentation n'est toujours pas le point fort des Woodstock.
Le chargeur délivre maintenant du 9,8 V... alternatif, qui est
redressé par une simple diode avant d'être envoyé aux batteries
(qui, en série, affichent 2,4 V). Celles-ci sont partie intégrante
du circuit d'alimentation et jouent également le rôle de filtre.
Malheur à l'utilisateur qui brancherait le chargeur en leur absence
: les circuits intégrés n'apprécieront pas de recevoir du 10,8
V AC en direct... Ce choix contestable vaudra aux Woodstock
et à leurs successeurs, les Spice,
d'être bien plus sensibles aux problèmes d'oxydation que les Classic.
La présentation est sobre, voire austère. Peut-être moins luxueuse [9]...
Mais la qualité est toujours au rendez-vous, avec le même robuste
clavier. Son nombre de touches est réduit à 30, ce qui est très
modeste.
L'affichage est toujours confié à des LED groupées en 8 segments. Le
nombre de chiffres est maintenant limité à 10 au total, sur lesquels
sont "prélevés" ceux de l'exposant de 10. Rançon de l'étroitesse du
boîtier ? Il se place toujours à l'allumage en mode "FIX
2" (2 chiffres après la virgule) pour une question d'autonomie.
Celle-ci n'a certes pas augmenté en passant de 3 à 2 batteries : 2 à
5h d'autonomie selon le manuel du HP-25. Leur
épuisement imminent est toujours annoncé par l'allumage de tous les
points décimaux de l'afficheur :

Ceux-ci sont en fait des triangles qu'on peut interpréter (avec un
peu de bonne volonté) comme une virgule...
Les erreurs sont signalées par
- l'affichage de tous les "9" en cas de dépassement de capacité
;
- "Error"
en cas d'erreur mathématique (division par 0, ...) ;
- "OF"
(OverFlow) si le
dépassement de capacité se produit dans un registre.
En matière de programmation, les Woodstock
adoptent le fusionnement total des
instructions (repris par le HP-67).
Sous des dehors anodins, la série Woodstock
va introduire un grand nombre de nouveautés marquantes.
Malheureusement, c'est le point faible de notre collection qui se
limite (pour l'instant !) à un unique modèle : impossible de lui
consacrer une page entière. Alors, quitte à emprunter quelques
images, nous avons choisi de l'illustrer par les modèles suivants :

Les HP-25 et HP-25C
Le HP-25 est le modèle programmable d'entrée de gamme dans la série
Woodstock.

Il n'est pas pour autant dépouillé, avec un répertoire assez complet
de fonctions mathématiques :
- fonctions exponentielle, logarithme et circulaires (et
inverses) ;
- fonctions statistiques en 1 ou 2 variables ;
- conversions d°m's" ↔ d° décimaux et rectangulaires ↔
polaires...
Ses caractéristique de programmation sont classiques mais complètes
:
Ces possibilités situent le HP-25 bien en retrait du HP-65
(plutôt au niveau du HP-55, son descendant bon marché), a
fortiori du HP-67. L'argument du
HP-25, c'est son prix : à son apparition en 1975, il est de loin le
calculateur programmable le moins cher ($195) jamais produit par HP.
Une petite innovation toutefois dans tout ce
classicisme : l'introduction du mode d'affichage "ENG"
(ingénieur), qui affiche la mantisse suivie d'un exposant de 10 obligatoirement
multiple de 3 -- et donc facile à interpréter en terme de
préfixe d'unité (milli, kilo... tous ces préfixes sont rappelés dans
le manuel !).
Mais en 1976 apparaît le HP-25C :

Le discret "C"
qui suit le n°25 cache une petite révolution. La mémoire est devenue
permanente ! Les données et les programmes ne sont plus effacés à
l'extinction de la machine [10]...
La machine arbore fièrement la mention "Continuous
Memory", en écriture calligraphiée, au bas de son clavier.
La permanence de la mémoire est obtenue grâce aux tout nouveaux
composants CMOS. La machine n'est jamais véritablement "éteinte",
mais en position "OFF", la consommation électrique est divisée par
105 environ. Le faible courant résiduel suffit à
maintenir les mémoires en leur état.
Ces nouveaux composants sont bien plus chers à fabriquer. Le HP-25C
coûte $200 à son apparition, en 1976. Le HP-25 (identique, mais à
mémoire volatile) voit alors son prix ramené à $145.
La mémoire permanente met en lumière une lacune potentielle des
affichages LED : l'absence de témoins
pour rappeler, p. ex., le mode angulaire. Dans le cas du HP-25C,
cette limitation n'est pas encore sensible puisque ce mode... n'est
pas maintenu à l'extinction (la machine se retrouve en degrés à
chaque allumage).

Le HP-27
Le HP-27 est le "couteau suisse" des calculateurs HP.

Il réunit dans un même boîtier toutes les fonctions dont
l'utilisateur peut rêver. Jugez-en :
- fonctions scientifiques (y compris les conversions
polaire-rectangulaire et sexagésimales) ;
- fonctions statistiques à une ou deux variables (y compris
régression linéaire, factorielle et loi normale !) ;
- fonctions financières : intérêts composés, mais aussi taux de
rendement interne [11]...
Que demander de plus ?
Et bien voilà : bien que disposant de 10 registres, le HP-27 n'est
pas programmable (on le voit facilement à son unique interrupteur
on/off).
En 1976, le mode d'emploi des HP-27 pouvait se prévaloir fièrement
du premier million [12]
de calculateurs HP vendus...

Le HP-29C
Introduit en 1977 au prix de $195, le HP-29C devient le navire
amiral de la série Woodstock.
L'exemplaire ci-dessous, malheureusement non fonctionnel, est
aimablement prêté m'a été cédé par un collègue
que je remercie chaleureusement.

Il succède au HP-25(C) (qui demeure en
production), mais sa dotation en fonctions de programmation est
complétée et nettement étendue :
sans oublier la mémoire permanente, qui conserve également le
registre de pile X et les registres 0 à 15.

Si l'on compare ces caractéristiques à celles du HP-65
sorti 4 ans plus tôt à un prix quasiment quadruple, force est de
constater que le HP-29C soutient largement la comparaison.
Évidemment, la mémoire permanente ne donne pas la même souplesse
qu'un lecteur de cartes. Et bien sûr, le HP-67
est apparu entre-temps.

Notes
[1] Il ne
s'agit pas d'éteindre le calculateur ! Cela effacerait toutes les
données et tous les programmes...
[2]
Mais pas la dernière !
[3]
Le circuit et les contacts sous-jacents, spécialement développés
par HP, sont restés essentiellement inchangés sur les modèles
ultérieurs.
[4]
À $395, il est également plus cher.
[5] Cela
peut paraître limité, mais certaines instructions étaient
combinées ("fusionnées"). Ainsi, la
ligne unique GTO 01
effectue-t-elle en une seule étape le branchement
au label n°1.]
[6]
Cet accessoire est en grande partie responsable du prix élevé du HP
65. Il explique également la taille légèrement supérieure de
son boîtier.
[7]
Ci-dessus, la machine est équipée de la carte d'applications
financières.
[8] Ce
n'est pas au célèbre festival de musique que cette série doit son
nom, mais au personnage éponyme de la bande dessinée Peanuts
de Charles M. Schulz, vous savez... ce volatile incertain,
compagnon de Snoopy...
[9]
Mais l'étui en simili-cuir fauve "veiné" est très classe...

[10]
Ceux qui n'ont pas connu cette époque doivent savoir qu'alors, sur
toutes les machines, la totalité de la mémoire (et des programmes)
était effacée au moment de l'extinction !
[11]
Cas d'un problème financier mettant en jeu des flux variables.
[12]
Seulement 4 ans auparavant, HP avait annoncé la vente de... 10 000
calculateurs.
[13]
Grâce au registre 0 : GTO i
provoque le branchement vers la ligne dont le numéro est contenu
dans R0.

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