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La machine à congruences des frères Carissan |
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Pierre et Eugène Carissan sont scientifiques de formation. Le premier a enseigné au lycée Dumont d'Urville. Ils construisent en 1912 un prototype de machine à factoriser les entiers, qui ne leur donne pas satisfaction. Un second prototype, commencé en 1913, ne sera achevé qu'en 1919 à cause de la guerre (où Eugène s'est distingué par sa bravoure). C'est l'appareil photographié ci-dessous. Oublié dans un tiroir pendant plus de 50 ans, il a maintenant trouvé sa place au Conservatoire National des Arts et Métiers. D'un point de vue théorique, pour factoriser un entier N on essaie de l'écrire N=x2-y2 d'où N=(x-y)(x+y). On fait varier x et on cherche à quelle condition x2-N est un carré parfait. Un peu d'arithmétique (des "congruences") permet de cerner les valeurs de x qui ont des chances de marcher. À partir de là, la machine facilite la recherche. ![]()
Une manivelle fait tourner la roue dentée qui entraîne d'une part un compteur et d'autre part 14 couronnes de laiton, chacune avançant d'un picot à l'autre pour la rotation d'une dent de pignon (le compteur avance d'une unité à chaque rotation d'une dent. Avant de tourner la roue, toutes les couronnes sont en position "0". À chaque couronne correspond à un entier (19, 21, 23, 26, 29, 31, 34, 37, 41, 43, 47, 53, 55 et 59) qui n'est autre que le nombre de picots qu'elle comporte. Si N est le nombre à factoriser, on cherche donc à l'écrire x2-y2. Mettons que des considérations d'arithmétique indiquent que valeurs permises pour x (càd, qui ont une chance de marcher) sont 1, 7, 8, 13, 14 et 20 [mod. 21]. On place alors un capuchon métallique sur les picots n° 1, 7, 8, ..., 20 de la couronne 21. On fait de même pour les autres couronnes utilisées. On tourne la manivelle [1] et quand les capuchons métalliques (les plots noirs) des différentes couronnes sont alignés, un contact électrique s'établit sous la barrette métallique, et un signal retentit. Le nombre indiqué sur le cadran a alors des chances d'être un carré parfait. La machine factorise des nombres de treize chiffres en moins de 18 minutes, tâche qui demanderait plusieurs jours à la main. D'après Pour la Science n° 243 - janvier 1998, pp. 10-11. Note[1] ... aucun doute, c'est bien de l'algèbre -- cf. la citation de A. Lefschetz. |